"RETOUR à CHAGRIN FALLS" - décembre 2009
Retour à
CHAGRIN FALLS
Les samedi 12 décembre à 20h15 et le dimanche 13 à 16h00
Une évocation de la vie du poète
américain HART CRANE
Ecriture, adaptation et mise en scène
Eric SERKHINE
avec Sylvie MORDANG
et Corentin DUBOIS
et Eline SCHUMACHER
Lectures des poèmes :
Anne LALIEU

Sur un paquebot en pleine mer des Caraïbes,
Hart et son amie Peggy se souviennent du passé et font
d’étranges rêves d’avenir
VOYAGE (V)

Méticuleux, minuit installe un givreux croissant étincelant
Solide et solitaire, doux comme le tranchant blanc d’une dague
Qui éclabousse, à travers la baie, les confins compassés du ciel
Trop fragile ou trop transparent pour qu’on puisse les toucher
Les liens qui t’attachaient aux songes, déjà sectionnés,
Pendent, s’effilochant aux étoiles du souvenir
Sourire glacé, sans sillage…
Quels mots proférer pour étrangler cette lune sourde ?
Car nous sommes pris de vitesse, coincé par la marée
Et à présent, nulle larme ne nouera jamais,
Nul sabre ne tranchera plus jamais
Cette lumineuse et sourdement tyrannique lune
Claire lune adorée, clair de lune inconstant
« Il n’y a rien de tel au monde !» dis-tu
En sachant que ta main m’est inaccessible ainsi que ton regard
Toi, paradant dans ce ciel sans dieu
Où seul des astres sableux et morts fourmillent !
« Et rien qui puisse être compris… »
Non, en effet, dans le panache irisé de ta toison éclatante,
Aucun vaisseau qui puisse reconnaître ton enseigne
Sinon celle de la piraterie
Mais à présent trop haute, voile ta face, belle solitaire,
Ta prunelle plisse déjà, telle une vague refluant,
Et des spectres inconnus de moi t’on fait taire
Noie cette tête blême dans le sommeil qui t’escortera jusqu’en ton antre…
HART CRANE, trad. Eric SERKHINE